"La seule chose que j’ai pu récupérer dans les cendres, c’est une petite croix, symbole de notre foi " PDF  Array Imprimer Array  Envoyer

croix sauvee
Eglises, presbytères et maisons de Sœurs en ruine ! C'est ainsi qu'apparaissent les lieux de culte chrétiens et tous les autres bâtiments paroissiaux, après les manifestations des 16 et 17 janvier 2015. De fait, après la grande prière du vendredi 16, des jeunes de la ville de Zinder, hurlant « Allah akbar », sont allés saccager et piller les églises catholiques et protestantes, ainsi que l'école de la Mission Catholique de Zinder. Puis, ils se sont dirigés vers les domiciles des chrétiens où ils s'en sont pris à leurs biens. Fuyant leurs maisons et lieux de travail, ils se sont réfugiés dans une caserne militaire pour échapper à la vindicte de ces jeunes. 

 

croix profane

 

 

A Niamey, le même scénario s'est produit dans la journée du samedi. Sur 8 paroisses, 6 ont été pillées, saccagées et brûlées. L'Eglise Cathédrale a subi des assauts pendant plus de 4 heures mais n'a pas été atteinte grâce à l'action conjuguée de la police, de la garde nationale et de la gendarmerie. Deux maisons de religieuses ont été également pillées et saccagées. Selon la police nigérienne, au total, 45 lieux de culte ont été incendiés durant les émeutes à Niamey. A l'heure actuelle, il ne reste plus rien dans ces églises (catholiques, particulièrement). Mgr Michel et Mgr Laurent ont fait le tour de toutes les paroisses, le dimanche, pour s'enquérir de la situation. A chaque fois, ils n'ont trouvé que des cendres: tout est parti dans la fumée. « La seule chose que j'ai pu récupérer dans les cendres, c'est une petite croix, symbole de notre foi », a confié Mgr Cartatéguy. Et de déclarer : « nos lieux de culte ont été atteints, mais pas notre foi. Nous allons nous relever ! »

mgr michel croix

Aujourd'hui, tous les chrétiens se posent cette question : « Pourquoi cela nous est-il arrivé ? ». « Nous sommes dans l'incompréhension totale, mais nous restons fermes et unis dans la prière pour que l'amour soit plus fort que la haine et la violence », ont écrit les Evêques du Niger dans leur message adressé à tous les chrétiens. Le lundi matin, Mgr Michel a réuni tous les curés des paroisses de Niamey afin de prier, lire et analyser les événements. Ce fut un moment de grande émotion. Chaque curé a exprimé l'étonnement, le choc, la peine, la colère, mais aussi, la foi de lui-même et de sa communauté paroissiale. Le mot qui est resté sur toutes les lèvres est : « incompréhension ». Personne, en effet, n'a compris pourquoi cela est arrivé à la communauté chrétienne qui, pourtant, vit en harmonie avec celle musulmane. Personne ne comprend pourquoi il n'y a pas eu assez de sécurité pour empêcher ce qui est arrivé. Personne ne comprend pourquoi des enfants continuent encore de piller et profaner les églises en ruine, sans qu'il n'y ait personne pour leur interdire cela. D'après les témoins, les manifestants étaient pour la plupart des jeunes de 10 à 15 ans.

Dans son message à la nation du samedi 17 janvier, au soir, le Président de la République du Niger, Mahamadou Issoufou, a dit que ceux qui ont commis ces actes n'ont rien compris à l'Islam. C'est aussi ce que pensent tous les musulmans qui ont exprimé leur solidarité aux chrétiens pendant ces événements douloureux. Certains ont empêché les manifestants de brûler des édifices religieux ; d'autres ont hébergé des chrétiens de leurs quartiers ; d'autres encore sont allés exprimer aux responsables de l'Eglise leur compassion et leur soutien. Plusieurs délégations musulmanes se sont, en effet, rendues à l'Archevêché pour saluer la communauté chrétienne, éprouvée. Les Evêques ont reçu, entre autres, Cheikh Barham, de la communauté tidjane, envoyé par le Khalife Moussa. Il est allé manifester l'amitié et la fraternité de la communauté musulmane aux chrétiens. Il a déploré ces actes et a souhaité, par ailleurs, « que cette épreuve que vit la communauté chrétienne se transforme pour vous en une force », une semence de foi. Le mardi matin, les Evêques ont également accueilli un jeune musulman, Abdoulaye FALLA. Il a plusieurs fois été bénévole à Lourdes. Il a témoigné avoir toujours vécu avec les chrétiens dans la fraternité et le respect (de la foi de l'autre). Il a aussi indiqué que « les vrais musulmans ont vécu ces événements dans leur chair. Car, « l'Islam est une religion de paix, d'amour et de tolérance ». Profitant de cela, il a fustigé que « la jeunesse, fleur du futur, ait été malheureusement utilisée pour commettre ce forfait ». Selon lui, « l'histoire nous révèlera les causes de ces violences ». Et de conclure : « que les chrétiens ne se sentent pas harcelés car les vrais musulmans n'ont rien contre eux ! ».

A l'heure où nous écrivons ces lignes, une centaine de chrétiens de Zinder sont en route pour Niamey, où ils resteront, pour fuir les menaces d'attaque contre eux dans leur localité. Leur déplacement est organisé par les évêques et les autorités, afin de leur garantir la sécurité. Après la rencontre des évêques avec le Président de la République du Niger le lundi soir, les autorités ont placé des policiers pour assurer la sécurité des lieux de culte.

 
RocketTheme Joomla Templates