Le nouvel Archevêque de Niamey s’exprime sur l’avenir de l’évangélisation au Niger PDF  Array Imprimer Array  Envoyer

mgr laurent pb
"Je pense que la présence de l'Eglise Catholique au Niger ne consiste pas seulement à proclamer la Parole de Dieu, mais aussi, à refléter la charité chrétienne dans la société". A deux jours de son installation officielle comme nouvel Archevêque de Niamey, Monseigneur Laurent LOMPO nous a accordé cet entretien. Dans cette interview, l'Archevêque de Niamey nous donne un aperçu sur ses orientations futures.

Bonjour Monseigneur. Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Je suis Laurent Djalwana Lompo. Je suis né le 1er janvier 1967 à Koulbou (Makalondi), au Niger. Après mes études primaires et secondaires à Makalondi, à Say, à Niamey et au Séminaire Saint Mbaga Tuzindé à Nouna (Burkina Faso), je suis rentré au Grand Séminaire, à Ouagadougou, pour la philosophie, puis la théologie.

A l'issue de ma formation, j'ai été ordonné prêtre en 1997, à Niamey. J'ai servi comme vicaire à la paroisse Saint Gabriel de Niamey et Responsable du Foyer Samuel pour les Séminaristes (1997-2000). Puis, entre 2001 et 2002, j'ai été envoyé en France pour une période de Formation dans l'accompagnement spirituel à l'Institut de Formation des Educateurs du Clergé à Paris. Du retour de Paris, j'ai été encore nommé Responsable du Foyer Samuel. Un an après, 2003, j'ai été nommé Vicaire Général de l'Archidiocèse de Niamey. Responsabilité que j'ai assumé jusqu'en 2014.

A deux jours de votre installation comme Archevêque de Niamey, quels sont vos sentiments ?
Les sentiments qui m'animent sont des sentiments de joie, parce que c'est une œuvre d'Eglise, une responsabilité qu'on me confie, non pas dans le sens de la grandeur mais du service. Joie de servir la population nigérienne, joie d'être responsable en vue de conduire le peuple de Dieu qui m'est confié.
A quelques jours de l'événement, je prie déjà et je réfléchis à ce que nous pouvons tous faire pour offrir un accueil chaleureux et agréable à tous ceux qui vont venir du Burkina, du Bénin et d'ailleurs pour la circonstance. Je voudrais que nous mettions ensemble tous nos efforts pour prier, afin que la liturgie de ce jour nous aide à grandir dans la foi. Je suis très content et je me confie à la prière de tous les fidèles pour que ce passage puisse porter beaucoup de fruits et qu'ensemble, avec les prêtres, religieux et religieuses, nous puissions conduire le peuple de Dieu qui est au Niger vers le Seigneur.

Comme premier évêque nigérien, vous aurez certainement à apporter une touche particulière à l'évangélisation sur cette terre nigérienne, et particulièrement dans l'Archidiocèse de Niamey, dont vous aurez désormais la charge. On le sait, les chantiers sont nombreux. Mais, quels sont vos priorités pour l'Eglise de Niamey ?
Comme tu viens de le dire, en tant que fils du pays, nommé évêque et, deux ans après, archevêque de Niamey, je réalise que la responsabilité est lourde et les chantiers sont nombreux. Mais, je pense que la première chose à faire, ce n'est pas de balayer ce que nos prédécesseurs ont fait, mais de continuer leur œuvre. Partant de la vision de l'Eglise Catholique au Niger, qui est : « Tous responsables et missionnaires dans une Eglise-Famille qui témoigne de l'Evangile dans les réalités du Niger », je pense qu'il convient avant tout de travailler à être des témoins de l'Evangile dans les réalités du Niger. Pour moi, être témoins signifie d'abord mettre l'accent sur la prière. Tous, évêque, prêtres, religieux, religieuses et laïcs, nous devons être des hommes et des femmes de prière.

Ensuite, cela signifie mettre l'accent sur l'unité dans la diversité. Certes, nous ne sommes pas divisés. Mais, nous devons renforcer notre unité les uns avec les autres pour bien manifester l'église de Jésus-Christ. Nous devons également mettre l'accent sur le dialogue interreligieux. Dans un pays à 99% musulman, nous devons poursuivre le dialogue avec nos frères et sœurs des autres confessions religieuses, comme l'ont fait nos premiers évêques, Mgr Berlier, Mgr Romano et Mgr Michel. Ce dialogue doit continuer, non pas seulement au niveau des leaders religieux, mais déjà à la base. Pour cela, il faudra mettre l'accent sur l'éducation des jeunes au dialogue interreligieux.

J'aimerai aussi qu'au niveau des prêtres, religieux, religieuses et laïcs, nous soyons davantage responsables pour honorer la confiance placée en nous par le Pape François à travers ma nomination. Par ailleurs, je compte œuvrer davantage pour l'œcuménisme, c'est-à-dire le dialogue avec nos frères chrétiens non catholiques. Et je pense que les événements tragiques des 16 et 17 janvier dernier doivent nous emmener à travailler encore plus ensemble pour donner une bonne image de nous aux autres ; l'image de frères unis dans le Christ.

L'autre défi à relever au sein de notre diocèse, c'est la formation de nos chrétiens. Aujourd'hui, on a besoin d'approfondir la foi de nos fidèles pour qu'ensemble nous puissions tenir bon devant les difficultés. Il faut qu'au niveau de la catéchèse, la formation soit plus solide, et que nos catéchumènes ne soient plus seulement des apprenants, mais aussi et surtout, des chrétiens convaincus de leur foi, et qui la vivent.

Comment comptez-vous alors mener l'œuvre d'évangélisation dans l'Archidiocèse de Niamey pour qu'elle porte plus de fruits ?
Je pense qu'il faut d'abord compter sur la force des fidèles, des agents pastoraux (prêtres, religieux, religieuses, laïcs travaillant dans les services de l'Eglise). Par la confirmation, nous avons reçu l'Esprit Saint pour devenir adultes dans la foi et proclamer la Bonne Nouvelle avec générosité et courage. Nous voulons compter sur cette maturité et cette générosité de tous pour poursuivre l'œuvre d'évangélisation.

Nous comptons aussi mettre des pistes pour que nous soyons des hommes et des femmes de parole et d'actions, afin que nous soyons au Niger, cette lumière que le Christ veut que nous soyons. Mais, nous ne pouvons le faire sans que le presbyterium soit uni à l'évêque que je suis et que nous travaillions ensemble. Je demande aussi que tous les missionnaires qui viendront travailler au Niger soient ouverts et travaillent dans cet esprit d'unité avec le presbyterium et l'évêque. Mon souhait est aussi que tous ceux qui viendront au Niger y trouvent une Eglise vraiment famille.

Monseigneur, on le sait, aujourd'hui, le dialogue des cultures et des religions est nécessaire pour la préservation de la paix dans le monde. D'ailleurs, plusieurs voix, parmi lesquelles celle du Pape François, se lèvent depuis plusieurs années pour encourager un tel dialogue. Pas plus qu'à la fin du mois de mai (26 mai 2015), il y a eu un symposium à Cotonou pour apprendre à éduquer les populations africaines au dialogue interreligieux. Au Niger où les chrétiens sont minoritaires (1% de la population), que comptez-vous faire pour renforcer les relations avec nos frères des autres confessions religieuses, afin de promouvoir la tolérance mutuelle et la paix ?
Je l'ai déjà dit plus haut, en tant qu'archevêque, le dialogue interreligieux reste une priorité pour moi. Depuis le Concile Vatican II, nous savons que le dialogue avec nos frères des autres confessions religieuses n'est pas facultatif : c'est une nécessité ! Avec eux, nous devons apprendre à vivre ensemble et à nous estimer. Et lorsque nous nous estimons, nous sommes à mesure de travailler ensemble pour la paix. Avec nos frères musulmans, nous ne devons pas vivre chacun de son côté ; nous devons apprendre à nous connaître davantage, à nous estimer, à vivre et à travailler ensemble pour construire notre pays, le Niger. Nous devons être unis ! Je l'ai dit, nous allons mettre un accent particulier sur l'éducation de la jeunesse car, si nous délaissons cette frange de la population, nous allons creuser un trou qui ne fera du bien à personne. Avec nos frères évangéliques, nous devons vivre de façon à ce que les autres, en nous voyant, disent : « Voyez comme ils s'aiment ! »

Au Niger, l'Eglise catholique intervient beaucoup dans le social. Quelles actions allez-vous développer et mener pour refléter davantage la charité chrétienne dans la société nigérienne ?
Je pense que la présence de l'Eglise Catholique au Niger ne consiste pas seulement à proclamer la Parole de Dieu, mais aussi, à refléter la charité chrétienne dans la société. Nous allons renforcer nos actions dans le domaine de la santé, du développement, de l'éducation. Avant, nous n'avions que des écoles primaires. Puis, nous avons créé des collèges et des lycées. Je pense qu'il faudra en créer encore, et même, pourquoi pas, une université catholique. Il convient de porter haut la flamme de l'éducation. Nous allons donc continuer cette œuvre. En ce qui concerne la CADEV, nous ferons encore des efforts, non seulement pour chercher des moyens à l'extérieur, mais aussi, pour mobiliser des fonds à l'intérieur de nos communautés chrétiennes, afin de venir en aide à tous ceux qui souffrent autour de nous et soulager ainsi la souffrance des populations nigériennes.

 

 
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