L’école, une chance pour le Niger PDF  Array Imprimer Array  Envoyer

ecole mission ny

1956 – 2016. Voilà 60 ans que l'école mission de Dogondoutchi est créée. 60 ans au service de l'éducation ! Ce Jubilé de Diamant nous offre l'occasion de parler de l'importance de l'éducation au Niger. Education ! Force est de constater que ce mot heurte la sensibilité de nombreux jeunes aujourd'hui. En effet, l'éducation fait appel à l'idée d'intervention d'une autorité. Or, beaucoup de jeunes en sont de plus en plus réfractaires. Et pourtant, en soi, l'éducation n'est pas une chose mauvaise.


Selon Le Larousse, "éducation" signifie « action de former, d'instruire quelqu'un, ou encore, la connaissance et la pratique des bons usages d'une société ». En fait, le mot français "éducation" reprend le latin educere ; ce qui veut dire "extraire, faire sortir...", à la lumière par exemple, ce qui est resté caché. L'éducation apparaît ainsi comme un moyen utilisé pour susciter chez la personne humaine la capacité de mener une réflexion vis-à-vis de la réalité, de la lire et la questionner, afin d'en comprendre la signification profonde. Eduquer, c'est donc transformer l'homme, lui faire prendre conscience que la réalité n'est pas une donnée immuable ; c'est aussi initier une rencontre entre la société et lui. En somme, c'est l'humaniser ! « La nature ébauche l'homme et l'éducation l'achève. », déclare Jean-Napoléon Vernier, dans Fables, pensées et poésies (1865).

Toute éducation implique une vision globale (corps et esprit) et humanisante de l'homme qui est en face de nous. Nous devrions le considérer comme un sujet responsable, capable de communiquer et de prendre des décisions. Il ne saurait donc être vu comme un moyen, mais comme le but de toute action. Pour cela, il faut l'éduquer.

La dignité de l'homme, être créé à l'image de Dieu, commande que la famille et la société assurent son éducation. L'éducation devrait favoriser la création d'agents ouverts à la transformation sociale. On appellera éduqué celui qui est intéressé au bien commun. L'éducation permet donc à la personne humaine de mieux s'intégrer dans sa société, de participer à la promotion du bien commun et de s'auto-prendre en charge.

C'est le défi que tout pays, soucieux de son développement, se doit de relever. Le Niger ne fait pas exception. Dans le Plan de développement économique et social 2012-2015, la vision du Niger est ainsi décrite : « construire un pays émergent, bâti sur une économie dynamique, diversifiée, durable et harmonieusement répartie sur le territoire national, une République moderne, démocratique, citoyenne et bien gouvernée, une Nation riche de sa culture et de ses valeurs partagées, une société ouverte sur le monde et attachée au savoir et à l'innovation technologique, prospère, équitable, solidaire, unie et en paix, engagée à favoriser l'intégration africaine. » Mais, comment parvenir à la réalisation d'une telle vision sans éduquer les fils et filles de ce pays ? De l'avis de beaucoup d'observateurs de la vie sociale au Niger, l'ignorance constitue une entrave au développement du pays. A cela s'ajoute l'insuffisance de qualité de l'éducation. Dans un article publié sur le site de tamtaminfo, Adamou Louché Ibrahim, un Web Contributeur, affirmait que « si aujourd'hui notre pays peine à se développer, à émerger et combattre efficacement la faim, la pauvreté, c'est à cause de l'ignorance qui ne cesse de gagner du terrain. »[1] Et Noufou Insa, Macro économiste et Coordonnateur de la Cellule d'Analyse et de Prospective en Développement (CAPED), d'ajouter : « Le défi pour l'école nigérienne d'assumer sa fonction de lieu de formation et d'éducation de qualité reste encore loin d'être relevé »[2] .

Au début de la décennie 60, R. WAENBERGUE, avertissait déjà que l'école nigérienne « n'est pas une institution éducative », mais plutôt « l'antichambre du fonctionnarisme et la voie de désertion du milieu rural ». Selon Mamane Sani Adamou, enseignant DDES Niamey 3, « le projet de réforme de (l'éducation) 1975 semblait constituer une rupture radicale en visant "l'édification d'une école nouvelle" et en envisageant la refonte des structures, avec à la base un tronc commun de 9 ans, l'utilisation des langues nationales comme medium d'enseignement, la conception des nouveaux programmes ainsi que l'application de nouvelles méthodes pédagogiques en rapport avec la philosophie du projet. Mais, l'espoir sera de courte durée, car des facteurs exogènes viendront y mettre un terme. » (cf. Conférence sur Eduquer qui et pourquoi ?, au Centre de Formation Chrétienne). Aujourd'hui, il est nécessaire que soit mise en place une éducation qui allie transmission de connaissances et de valeurs, si nous voulons véritablement parvenir à un changement de mentalité et un développement durable.

« Quand on est pauvre, le Savoir est une arme », dit un proverbe nigérien. Le savoir s'acquiert par l'éducation, même s'il ne l'englobe pas. Il permet à l'homme de mieux comprendre les réalités du monde et de prendre en main son destin, par la réflexion et la créativité. Pour cela, la création de nombreuses écoles et l'investissement dans l'éducation scolaire et académique des jeunes s'avère nécessaire, car ils sont l'avenir de tout pays ! Axel Oxenstiern, dans Réflexions sur l'éducation (1652), ne soutient-t-il pas que « la bonne éducation de la jeunesse est le garant le plus sûr de la prospérité d'un État » ?

Convaincue de cela, l'Eglise Catholique au Niger, dès son implantation, s'est investie dans l'éducation, créant ainsi de nombreuses écoles à travers le pays. En octobre 2015, l'enseignement catholique au Niger comptait 32 écoles : 15 écoles maternelles, 17 écoles primaires et un collège d'enseignement général. Au plan des résultats scolaires, ces établissements présentent l'un des meilleurs au niveau national. D'ailleurs, beaucoup de cadres nigériens sont issus de ces écoles. Preuve qu'un travail de fond y est fait. Intervenant dans le cadre d'une rencontre avec les prêtres et religieuses (sœurs) nouvellement venus au Niger, le 5 octobre 2016, M. Assane Alamine, Directeur général de l'enseignement catholique, expliquait la qualité du travail dans les écoles en ces termes : « Premièrement, nous embauchons les enseignants uniquement sur la base de leurs compétences et non d'autres raisons, et nous organisons des sessions de formation pour eux ; deuxièmement, nous cultivons l'excellence dans le travail, tout en donnant la chance à tous les enfants d'apprendre, sans distinction de race, de religion, d'ethnie, de sexe. Notre objectif étant de contribuer efficacement à la transformation des mentalités et au développement du pays. » Qu'à cela ne tienne, l'école est une chance pour le Niger !

Comme les autres écoles de l'Eglise Catholique, l'école mission de Dogondoutchi aussi cultive et vise l'excellence dans le travail. Avec des responsables et des enseignants dévoués et dynamiques, elle veut gagner le pari d'une éducation de qualité pour un Niger prospère où chacun pourra réaliser ses aspirations profondes. Mais, cela ne pourra se faire sans le concours des parents. Comme le dit Jean Baptiste Blanchard, dans Les maximes de l'honnête homme (1772), « de tous les devoirs des parents, le principal est la bonne éducation de leurs enfants. »

Père Eric MEDAGBE

[1] Adamou Louché Ibrahim (Web Contributeur), Comment améliorer la qualité de l’éducation au Niger ?, sur http://www.tamtaminfo.com

[2] Noufou Insa, Analyse sur l’éducation : où va l’école nigérienne ?, sur http://nigerdiaspora.net/les-infos-du-pays/education

 
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