Vers une nouvelle façon d’évangéliser dans le diocèse de Maradi ? PDF  Array Imprimer Array  Envoyer

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La session pastorale s'est achevée à Maradi. Mercredi et jeudi, les participants ont découvert et discuté de la planification stratégique pastorale. Ils ont notamment parlé de ses avantages et de sa mise en œuvre dans le diocèse. Selon le père Frédéric, animateur de la session, le plan stratégique pastoral est à la fois un outil de travail et un programme de sanctification. Pour mieux comprendre son importance pour le diocèse de Maradi, et ses implications dans l'œuvre d'évangélisation, nous nous sommes approchés du premier responsable, Mgr Ambroise Ouédraogo, qui a accepté de nous accorder l'entretien qui suivra. Nous avons aussi profité pour en savoir un peu plus sur le diocèse et ses réalités.


Bonjour Monseigneur. Voilà bientôt 17 ans que le diocèse de Maradi a été créé. Pouvez-vous nous le (diocèse) décrire ?

Merci. Je crois que vous me posez une question à laquelle il n'est pas facile de répondre. Et les appréciations peuvent varier. C'est vrai que le diocèse de Maradi a été créé en 2001, mais les paroisses qui composent ce diocèse sont vieilles de presque cinquante ans. C'est dire qu'avant même la création du diocèse de Maradi, les communautés chrétiennes existaient déjà au temps où le Niger constituait un seul diocèse. Justement, à l'origine de la création du diocèse de Maradi, il y avait la volonté de rapprocher les chrétiens de l'évêque, vu les grandes distances qui existaient, à l'époque, entre les communautés et l'évêché qui était à Niamey.

Le diocèse a donc été créé en 2001, et il a fallu organiser l'administration pour son fonctionnement et construire des infrastructures pour nos rencontres et pour générer des revenus pour l'auto-prise en charge du diocèse. Cela n'a pas été facile, mais par la grâce de Dieu et avec le soutien de Niamey, de nos partenaires extérieurs et des amis du diocèse, nous avons pu mettre progressivement en place des structures. Ce n'est pas finit, bien sûr ; nous poursuivrons ce travail. Au niveau des paroisses, il y avait beaucoup de missionnaires blancs par le passé. Mais depuis 2002, il y a eu une évolution. Aujourd'hui, nous avons environ une cinquantaine de prêtres et religieuses, tous noirs, dont 5 prêtres diocésains et deux prêtres des diocèses de Niamey et de Ouagadougou en mission à Maradi. Mais, il faut aussi souligner que les missionnaires viennent et repartent, et même que le nombre diminue au fil du temps. Par exemple, sur la cinquantaine de missionnaires qui avaient pris part aux travaux de l'assemblée diocésaine de 2012 au cours de laquelle nous avions élaboré le précédant Plan quinquennal, il n'y a plus qu'une douzaine qui reste dans le diocèse aujourd'hui. Mais je crois qu'avec l'aide de l'Esprit Saint, ça ira.

Depuis mardi, les agents pastoraux de votre diocèse sont en session pastorale. Session consacrée, cette année, à l'élaboration d'un plan stratégique pastoral. Est-ce une nouveauté ? Pourquoi un plan stratégique dans le cadre de l'évangélisation qui concerne avant tout la foi ?
Comme disait un évêque, « même la pastorale se programme ». Si on navigue dans le vide, c'est difficile. Depuis la création du diocèse, nous avons commencé par de petits plans, des thèmes, des visions, etc. Dans le plan quinquennal qui vient de s'achever, nous avons travaillé à travers les trois éléments « Croire – Célébrer – Agir ».

Mais depuis quelques années, au niveau de la Conférence Episcopale Régionale de l'Afrique de l'Ouest (CERAO), nous avons adopté une nouvelle méthode de travail que chaque église locale, en son temps, essaye de mettre en œuvre. Avec pour horizon, 2025. En tant que membre de la CERAO, nous avons jugé bon de nous jeter à l'eau en essayant d'utiliser le Plan Stratégique Pastoral proposé, avec des objectifs précis, une vision et une mission précises. Nous voulons donc nous approprier ce plan afin d'incardiner l'évangile dans notre diocèse, rendre visible ce projet d'évangélisation. Et cela nécessite une conversion de notre part. Ce plan est triennal. Dans trois ans donc, nous allons l'évaluer. Il est vrai qu'on n'évalue pas la Parole de Dieu, et ce n'est pas cela notre objectif. Mais, nous voulons changer notre manière de travailler significativement pour voir ce que cela va donner dans le cadre de l'évangélisation. A l'évaluation, nous verrons quel pas nous avons franchi concrètement.

Mais concrètement, quelle différence y a-t-il entre le dernier plan quinquennal et le plan stratégique pastoral que vous venez d'élaborez? Est-ce à dire qu'il y aura un changement radical ?
Changement radical, c'est trop dit. Je crois que le changement qui va s'imposer sera de mesurer les actions que nous allons poser. Nous avons un paquet d'activités et il nous faut voir comment les réaliser, les évaluer, les mesurer pour voir si elles ont atteint l'objectif que nous visons : la sainteté.

Avant, vous parliez de Plan quinquennal Quelle évaluation faites-vous du plan quinquennal (2012-2017) qui vient de s'achever ?
Il faut dire d'abord que nous n'avons pas pu évaluer le plan quinquennal avec tous ceux qui étaient là, parce que nombreux sont partis. Cela est une faiblesse, il est vrai. Mais, avec l'arrivée de nouveaux agents pastoraux, nous pensons pouvoir faire mieux. Toutefois, nous ne cherchons pas à nous comparer aux autres. Je vais essayer, en tant qu'évêque, de visiter les paroisses pour voir avec eux ce qu'on peut faire ensemble.

J'avoue que j'ai été secoué par les événements douloureux qu'a vécus notre diocèse, à travers le saccage, le pillage et l'incendie de l'église de Zinder en 2012 et en 2015. Mais, nous sommes debout pour poursuivre l'œuvre d'évangélisation. Le Seigneur, lui-même, nous a dit : « celui qui veut me suivre, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive ». C'est notre croix et nous la portons avec courage et espérance. Il faut reconnaître, tout de même, que le dernier plan quinquennal nous a permis de faire un pas de plus sur le plan du dialogue interreligieux et de l'éducation. Nous redoublons d'effort pour promouvoir le dialogue interreligieux et la paix sociale. 75% des enfants qui fréquentent nos écoles sont des musulmans et nous allons continuer à dispenser un enseignement de qualité à tous dans nos écoles pour bâtir un avenir meilleur à tous. Avec ce nouveau plan stratégique, nous allons travailler selon une méthode plus scientifique et avoir une idée plus claire de ce que nous aurons fait.

Dans votre mot d'ouverture de la session, vous avez dit qu'il y aura un « changement » à travers le nouveau plan pastoral qui sera élaboré. Que signifie cela ? Auriez-vous une vision et des orientations nouvelles pour votre diocèse ? Lesquelles ?
Rire. Au fait, la vision est celle de toujours, à savoir tendre vers la sainteté. La mission, elle, change chaque année. Avec ce nouveau plan stratégique, les activités et les responsabilités sont d'avance bien définies, et l'évaluation est programmée. Nous allons l'expérimenter pour voir. Mais, il faut que nous, évêque, prêtres, religieux, religieuses, laïcs, nous nous convertissions, si nous voulons réussir la réalisation de ce plan.

Vous avez aussi parlé de la diminution du nombre d'agents pastoraux au fil des ans. En connaissez-vous les raisons ?
Les missionnaires qui sont là sont heureux, et nous avec eux. Mais, ils dépendent avant tout de leurs supérieurs respectifs. Donc, je n'ai pas le pouvoir de déterminer la durée de leur présence ici. Et vous le savez bien, quand tu n'as pas tes propres prêtres et religieux, tu ne peux pas vraiment travailler sur une longue durée comme tu le veux. Et les nouveaux qui arrivent, avec déjà leurs idées d'autres réalités ecclésiales, sont obligés d'observer d'abord, avant de commencer à travailler comme il se doit. Et cela prend du temps. Sinon, la diminution du nombre d'agents pastoraux est réelle.

Dites-nous : comment vit un évêque qui a un grand diocèse, avec peu d'agents pastoraux ?
Rire. Comment vit un évêque, dans un diocèse aussi vaste que Maradi, avec peu d'agents pastoraux ? C'est une grâce à accueillir. Sans mentir, quand j'ai été nommé évêque de Maradi, après la création du diocèse, je me suis demandé si j'ai mesuré la portée de mon oui. Mais, c'est avec foi que j'ai accueilli cela.

Je suis en joie, quand je vois comment les agents pastoraux se donnent pour le travail. Mais j'ai aussi de la peine, quand je vois que je n'ai pas assez de moyens pour assurer le fonctionnement du diocèse et construire assez d'infrastructures pour l'avenir du diocèse. Il y a de longues distances entre les paroisses, il faut partir de Konni à Zinder, d'Agadez à Maradi, etc. Mais, Dieu merci, comme je l'avais dit, beaucoup d'amis nous ont aidés. Quand je regarde un peu en arrière, je me demande aujourd'hui comment nous sommes arrivés à faire tout cela. Sinon, j'avoue qu'il m'arrive de passer des nuits blanches. Je reste humain.

Un dernier mot ?
Mon dernier mot, c'est une action de grâce, parce que je me demande souvent comme j'ai pu vivre comme évêque jusqu'à ce jour, avec joie et sourire aux lèves. Je dis aussi merci aux agents pastoraux qui œuvrent avec beaucoup d'amour, de courage, et dans la vérité, pour l'annonce de l'évangile. Merci à tous nos partenaires financiers qui nous aident. Je trouve aussi extraordinaire que nous apportions notre soutien aux populations nigériennes à travers nos œuvres, en vue du développement. C'est l'occasion pour moi de saluer tous les agents de la CADEV, tous les agents pastoraux, tous les laïcs, tous ceux qui sont dans le diocèse de Maradi et qui, malgré les épreuves, continuent de proposer l'évangile à tous.

 

 
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