Le dialogue islamo-chrétien à Konni PDF  Array Imprimer Array  Envoyer

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En marge des travaux de l'Assemblée diocésaine qui s'est tenue à Maradi du 10 au 14 octobre 2017, nous avons animé un panel avec l'équipe pastorale (présente à l'assemblée) de la paroisse de Konni, ville située à près de 400 km de Niamey, non loin du Nigéria. Avec père Charles Kassoulé (ougandais, curé de la paroisse), père Valéry Sindaegaya (burundais, vicaire de la paroisse), tous deux prêtres Missionnaires d'Afrique (communément appelés Pères Blancs), et Symphorien Oga (béninois, vice-président du Conseil pastoral paroissial), nous avons discuté de la pastorale du dialogue islamo-chrétien dans la localité. Voilà l'essentiel des échanges.


Pouvez-vous nous parler de la ville de Konni et de la présence de l'Eglise Catholique dans cette localité ?
Père Charles : Konni est une ville départementale de la région de Tahoua. La ville se situe sur l'axe Niamey-Maradi. C'est une ville frontalière du Nigéria. En 2011, la ville comptait 143 530 habitants. La présence de la communauté catholique dans la localité remonte aux années 50, à Malbaza, à une trentaine de kilomètres de Konni. L'Eglise a commencé là-bas avec les pères rédemptoristes. C'est seulement en 1988 qu'on a ouvert la paroisse à Konni, sous le patronage des pères Missionnaires d'Afrique. La paroisse compte aujourd'hui environ 150 chrétiens. La ville est composée donc en majorité de musulmans.

Depuis plusieurs années, vous avez mis l'accent, dans votre pastorale, sur le dialogue interreligieux avec les musulmans. Pourquoi ?
Père Charles : Le dialogue avec les musulmans est un charisme pour les missionnaires d'Afrique. Notre fondateur, le Cardinal Lavigerie, a mis l'accent là-dessus. Ici, avec les événements de janvier 2015, notre père évêque, Mgr Ambroise Ouédraogo, a opté d'intensifier ce dialogue, comme moyen de créer la paix et la cohabitation pacifique entre croyants musulmans et chrétiens. Voyant ce que nous vivons à Konni et notre disponibilité, l'évêque a choisi notre paroisse comme paroisse pilote du dialogue islamo-chrétien, dans le diocèse.

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 Aujourd'hui, où en êtes-vous avec ce dialogue ? Pensez-vous qu'il permet d'établir un climat de confiance mutuelle, d'amitié et de collaboration entre la communauté musulmane et vous, ou non ?
Père Charles : Il faut dire que le dialogue avec les musulmans est un champ très vaste qui demande beaucoup de courage, de patience, de disponibilité et d'écoute. Nous sommes satisfaits du travail que nous faisons avec les musulmans, et même que, nous commençons à voir des fruits de ce travail. Nos relations avec nos frères musulmans sont de plus en plus faciles. On se rend visite, on s'entraide, nos jeunes rencontrent les leurs, nos femmes aussi rencontrent les leurs. Ca va. Moi, je pense que, pour faire ce travail, il faut aimer le Christ, aimer les hommes, aimer le dialogue.

Symphorien
: Si vous venez à Konni, vous allez remarquer que l'église se trouve dans l'enceinte de la grande mosquée. Les musulmans prient, et après, les chrétiens viennent prier également. Il arrive même, surtout lors des grandes fêtes qui tombent un dimanche ou un vendredi, que les musulmans prient d'un côté, et les chrétiens, de l'autre côté. C'est un signe très fort du dialogue islamo-chrétien qui poursuit son bon chemin. En tant que chrétiens ou musulmans, le respect s'impose à nous et entre nous, et cela se voit dans nos lieux de travail. Mais, ce n'est pas toujours facile, parce qu'il y a d'autres qui n'ont pas l'esprit d'amour et de tolérance. Toutefois, comme on peut le lire dans l'évangile, dans un champ, il peut y avoir le bon grain et l'ivraie.

Quelles sont les activités déjà menées dans ce cadre avec le groupe des jeunes, le groupe des femmes, et les imams ?
Symphorien : Nous menons beaucoup d'activités ensemble. Le groupe des femmes organise des activités avec les femmes musulmanes. Elles se rencontrent aux baptêmes, mariages et décès, et partagent ensemble des moments de joie et de peine.
Nous les hommes, nous travaillons le plus souvent avec les musulmans. Ce sont eux nos collègues de service et nos clients.

Père Valéry : En 2015-2016, il y a eu un projet connecteur, financé par Catholic Relief Service (CRS). Ce projet regroupait les jeunes et les femmes. L'ONG avait donné les moyens pour soutenir leurs activités et les emmener à travailler ensemble. Ils ont alors construit des boutiques. Ils vendaient par exemple de l'eau fraîche pour se faire aussi un peu d'argent et mener leur vie tranquillement et sereinement. C'était un lieu de rencontre où tous, surtout les jeunes, se sentent à l'aise pour causer ensemble. Nous, prêtres, allions causer avec ces jeunes de confessions religieuses différentes. Il y avait aussi d'autres activités. Nous avons organisé, par exemple, une conférence, une séance de plantation d'arbres et de salubrité, pour les encourager à prendre soin de leur environnement, etc. Le jour où nous avons fait la salubrité, beaucoup de jeunes musulmans sont venus nous aider. Il y a d'autres activités comme les fêtes de Noël et de Ramadam, que nous célébrons ensemble. C'est aussi pour nous l'occasion d'aller visiter les autorités pour échanger avec eux sur la question de la paix dans la localité. Nous essayons donc de cultiver cet esprit de cohabitation pacifique pour que ça puisse porter du fruit durable et que nous vivions en paix à Konni. Actuellement, nous envisageons même un tournoi de football, que le préfet a même promis de soutenir, afin d'ouvrir nos portes à d'autres jeunes.
Nous collaborons également bien avec les imams, à qui nous rendons visite, et ils nous le rendent aussi. En février 2017, nous avons eu une formation, avec les imams, sur l'apport des religions à la sécurité. Il y a eu cette idée même de mettre en place un comité de suivi pour que ces activités atteignent leur but.

Que prévoyez-vous dans l'avenir pour consolider ce dialogue et parvenir à une acceptation mutuelle réussie et une collaboration franche pour le développement de la localité ?
Père Charles : Avec le plan stratégique que nous venons d'adopter, nous allons voir ce qui est faisable pour, non seulement consolider les acquis, mais aussi, améliorer nos relations avec les musulmans et même nos frères protestants. Donc, nous voudrions vraiment aller plus loin.
Il faut dire que la communauté chrétienne de Konni est bien sensibilisée par rapport au dialogue interreligieux. Parfois, c'est les chrétiens mêmes qui nous emmènent des imams pour discuter avec eux, parce qu'ils sont plus en contact avec eux. C'est dire que nous collaborons bien ensemble, et nous voulons consolider cela.

Symphorien : Nous avons à mener la mission que le Christ nous a confiée : « allez, enseignez, et baptisez... ». C'est pourquoi nous ne cesserons de mettre l'accent sur la cohabitation pacifique. Nous allons tout faire pour que les nouvelles générations ne s'adonnent pas à la violence.

Père Charles
: De façon générale, la communauté chrétienne n'a pas de problème avec celle musulmane à Konni. Même lors des événements de 2015, le Chef de canton, lui-même, est venu nous rendre visite et nous a dit de ne pas nous inquiéter : personne ne nous touchera. Et, c'est ce qui est arrivé. Notre église n'a pas été brûlée. De temps en temps, il y a des musulmans qui passent nous saluer. Donc, dans l'ensemble, il y a une acceptation et un respect mutuels.

Père Valéry : Dans l'ensemble, nous bénéficions de la reconnaissance des autorités et même de la population. Ils reconnaissent aussi ce que nous faisons. Donc, nous n'avons pas peur.

Un dernier mot ?
Symphorien : Merci pour l'opportunité que vous nous donnez de nous exprimer. J'appelle chacun de nous, quelle que soit notre confession religieuse, à travailler avec les autres pour préparer un avenir de paix et de justice à notre localité et même, au Niger.

Père Valéry
: Konni est un lieu où le dialogue est déjà avancé. J'aimerai faire appel à tous ceux qui peuvent nous aider pour qu'on puisse élargir notre champ d'actions. Il y a beaucoup de jeunes que nous n'avons pas encore touchés, surtout en cette ère de violence et de terrorisme. Donc, poursuivons le dialogue pour qu'il constitue une manière de vivre aussi.

Père Charles : Moi, je lance un appel aux premiers responsables de notre Eglise-Famille du Niger, pour qu'ils continuent de soutenir le dialogue interreligieux, afin qu'il devienne une façon de vivre notre pastorale. Le dialogue doit être un moyen de témoigner de Jésus-Christ.

 
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