Nouvelles du Niger de septembre 2012 PDF  Array Imprimer Array  Envoyer

nouvellesChers amis,
Je viens de revenir au Niger. Et j'en suis très heureux ; en France, je vivais un peu comme un poisson hors de l'eau. J'ai retrouvé mon élément naturel. Les pluies tombent abondamment et régulièrement et j'espère qu'elles vont se poursuivre jusqu'à la fin du mois de septembre et même dans les tout premiers jours d'octobre. Elles couvrent l'ensemble de l'Afrique de l'Ouest et arrosent les régions les plus septentrionales du pays, en particulier celles d'Agadez et d'Arlit. La verdure est présente partout. Les champs de mil et de sorgho s'étendent à perte de vue et les pâturages «secs» seront largement suffisants pour nourrir les troupeaux.

Les paysans attendent une bonne récolte, si les insectes ne viennent pas la compromettre. Bien sûr, il y a eu davantage d'inondations que les années précédentes : beaucoup de maisons se sont effondrées et le fleuve a débordé et recouvert de nombreux quartiers de la capitale. Il commence à diminuer et à rentrer dans son lit; ça demandera du temps. On a logé les sinistrés dans les écoles, ce qui va retarder de quelques jours la rentrée des classes prévues pour le 1er octobre. Caritas, notre organisation diocésaine de charité est venue au secours de beaucoup de sinistrés. Pas seulement dans la capitale, mais ailleurs également. Les nappes phréatiques se rechargent et le niveau de l'eau remonte dans les puits ce qui va permettre de cultiver des jardins, surtout au Nord. Je recevais récemment un ami touareg qui me disait la satisfaction des populations de sa région. Tant mieux, car ce sont des habitants qui ont beaucoup souffert ces dernières années.

Le Mali, notre pays voisin, vit de grandes difficultés. L'autorité centrale n'est pas très efficace : elle n'est pas été élue comme c'est le cas au Niger, et elle risque de n'être pas reconnue pas tous. De plus, toute sa région Nord (Gao, Tombouctou, Kidal) est aux mains des islamistes violents qui ont installé la Charia musulmane la plus dure. Plusieurs fois ils ont coupé la main de présumés voleurs. Toutes ces violences ont lieu à 500 km. Au Nord de notre capitale. Beaucoup de gens fuient cette région, quand ils le peuvent. A Niamey, il y a quelques mois nous en avons accueilli plusieurs centaines à la Mission Catholique. Petit signe de résistance passive : on convoque les habitants pour assister à une main coupée, mais beaucoup ne se présentent pas. La majorité de la population musulmane est loin d'être d'accord avec ces pratiques, mais elle reste souvent bien silencieuse. Quelques voix seulement pourtant s'élèvent pour les condamner.

Les Organisations Politiques régionales discutent de «monter» une expédition militaire regroupant plusieurs pays (Mali et Niger principalement) pour chasser les islamistes de cette région ; en plus de la difficulté d'une bonne coordination, elle n'est pas sans risques importants, car ceux-ci sont très déterminés et ils disposent d'un armement puissant. Pour le moment, aucune date n'a été avancée.

Il y a quelques semaines, la petite église de Zinder, à 900 kilomètres à l'Est de la capitale, la seule pour toute la ville, en quasi-totalité musulmane, a été victime d'une attaque par quelques dizaines de «voyous» rassemblés par quelques meneurs. Ils ont cassé les portes en bois et brulé les nappes de l'autel et quelques livres. Beaucoup de musulmans ont téléphoné pour nous exprimer leur tristesse et leur compassion ; les autorités musulmanes et civiles ont condamné ces violences. Ces événements ont été rapportés par quelques médias européens.

Les caricatures obscènes de Charlie Hebdo témoignent sans doute d'une grande liberté d'expression, mais leurs auteurs ne doivent pas oublier que beaucoup de pays dans le monde ne vivent pas la même culture, et que ces dessins provocants, vus par des milliards d'êtres humains, peuvent causer la mort de nombreuses personnes. J'entendais récemment à la Télévision une maman française vivant en Égypte avec deux enfants exprimer avec un brin de colère sa réprobation. On la comprend.

Quelques nouvelles de notre Église du Niger. Elle vit et elle témoigne du Christ, humblement et sans bruit, par sa vie, par ce qu'elle réalise pour les autres, par le témoignage de foi, de prière, et d'amour fraternel des chrétiens qui vivent au milieu de leurs frères musulmans. C'est bien réel, mais cela n'entre pas dans les statistiques. Mais, je me permets de citer quand même quelques chiffres. Le diocèse de Niamey a en formation 10 grands séminaristes dans des grands séminaires au Burkina Faso, le pays le plus proche. 7 jeunes, garçons ou filles, se préparent à la vie religieuse dans différentes congrégations. 15 jeunes garçons («petits séminaristes» si on veut), terminent leurs études secondaires au Foyer Samuel. Après leur baccalauréat, ils iront commencer leur grand Séminaire au Burkina Faso.

Toutes ces réalités nous donnent une grande joie et surtout une grande espérance. Nos ainés ont semé et nous faisons déjà la moisson. Mais, je l'espère, une plus grande moisson se prépare. Je lisais récemment le livre d'un neveu du Général de Gaulle, Père Blanc et missionnaire à Ouagadougou (Burkina Faso), il est intitulé : «j'ai vu grandir l'Église d'Afrique». C'est vrai, à différents degrés, dans tous les pays du Continent, nous faisons tous cette expérience. Mais cela ne doit pas nous faire oublier que beaucoup reste à faire et qu'il nous faut, comme le dit Saint Paul, continuer à annoncer le Christ «à temps et à contre temps.»

Au moment de conclure ce partage des réalités les plus profondes de ma vie, je vous assure, de mon amitié, de mon affection et surtout de ma prière. Et je vous invite à garder une pensée pour moi et surtout une prière.

Guy Romano

 
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